Clicky

La calvitie

Posted by on Sep 8, 2017

J’ai commencé à perdre mes cheveux il y a longtemps. A 15 ans je voulais seulement qu’ils s’en aillent, ces cheveux de merde que je ne savais jamais coiffer – et voilà que j’étais exaucé. Je me suis trouvé désarmé : la masse de cheveux indomptable et perpétuellement posée sur ma tête avait finie par devenir une identité.

Le problème c’est que je ne suis pas vraiment devenu chauve : j’avais tellement de cheveux au départ que ma calvitie a pris la forme d’une raréfaction, d’un affinement, plutôt que d’une disparition. Du coup avec quelques efforts et sous certaines conditions, je parvenais à avoir l’air, sinon chevelu, disons de quelqu’un avec un postiche convaincant. Un peu comme Nicolas Cage, mettons.

Le reste du temps, si le vent ou la pluie ou la sueur bouleversaient ma mise en pli, j’avais seulement l’air très mal coiffé – l’air de quelqu’un qui devrait admettre enfin qu’il perd ses cheveux au lieu de chercher à cacher la misère.

Il y a quelques années j’ai vu The White Diamond, dont le protagoniste principal était affligé (a) d’une implantation de cheveux étrangement similaire à la mienne et (b) d’un degré de calvitie curieusement fluctuant, qui semblait varier avec les hauts et les bas de son aventure : jeune scientifique ambitieux et exalté, il est parfaitement coiffé ; et dès que les revers s’accumulent, la lumière vient percer avec une cruauté inouïe le mince écran de cheveux qui protège le sommet de son crâne, révélant la supercherie. C’était dingue, on aurait ces pubs où les comédiennes sont soudain maquillées après avoir découvert un nouveau produit miracle

Du coup j’en étais venu à penser que mes cheveux avaient un rôle signalétique, j’étais certain d’arborer un jewfro resplendissant dès que je publiais un truc ou que les affaires marchaient, et un combover pathétique sitôt que je sentais le ridicule reprendre le dessus. Une sorte de thermomètre karmique. Petit à petit je pense que j’en étais arrivé à évaluer 4 à 6 fois par heure le degré de transparence de ma coiffure.

Et puis cette semaine j’ai décidé que ça commençait à bien faire, les conneries.

§